L'affaire Mercier: Errare humanum est, sed in errare perseverare diabolicum

Seneca
Seneca

Suite à la plainte de plusieurs étudiants à propos des notes de cours du Pr Stéphane Mercier, l'université catholique de Louvain (UCL), via sa porte-parole, Mme Tania Van Hemelryck, va publiquement désavouer celui-ci en expliquant que « ce sont des propos totalement inacceptables étant donné que l'UCL défend ce droit fondamental à l'avortement", qui est une de ses « valeurs », et en le suspendant dès le lendemain.

Cette réaction génère un tollé :

 

- parmi les croyants qui ne comprennent pas comment une université catholique peut ainsi affirmer que l'avortement est une de ses valeurs ;

 

- au sein du monde académique et de nombreux citoyens, stupéfaits de voir comment le politiquement correct a gangrené l'université, lieu où le terrorisme intellectuel et la pensée unique sévissent désormais ;

 

- parmi les légalistes qui déplorent qu'une institution sérieuse en vient à condamner dès le départ son professeur, avant même de l'avoir entendu !

 

Il suffisait pourtant à l'UCL de prendre un peu de hauteur, d'indiquer qu'une enquête était ouverte et devait être instruite (dès lors qu'il y avait plainte), qu'il n'était absolument pas anormal que dans une université, a fortiori catholique, on puisse, dans le cadre d'un cours de philosophie mener une réflexion à propos de l'avortement. C'était bien là le minimum !

 

Le pro-recteur à l'enseignement de l'UCL Marc Lits, dans LLB du 28 mars, nous révèle que la suspension du Mr Mercier est une « mesure d'ordre pour ramener un peu de sérénité dans l'université ». Nous pensons qu'au contraire, cette mesure particulièrement injuste et totalement disproportionnée ne peut faire qu'enflammer les choses et être contre-productive. Elle a donné du grain à moudre aux milieux hostiles à l'UCL, laquelle considère donc par-là que les actes de son professeur sont gravissimes ! Des éminents professeurs émérites (où sont les autres?), tels que les Pr S. Marcus Helmons et X. Ghins se sont élevés contre ce traitement.

 

Ensuite, Mr Lits nous dit qu'au sein de l'université, le débat sur le droit à l'avortement « doit avoir lieu ». La porte-parole Tania Van Hemelryck avait pourtant laissé entendre tout le contraire lorsqu'elle affirmait que les propos du Pr Mercier étaient « inacceptables ».

 

Finalement, Mr Lits nous indique que « la vraie question qui se pose, c'est davantage dans quelle mesure un débat se fait au bon endroit (nb : doit-on cantonner celui-ci dans les chaumières et chapelles?), puis s'il se fait de manière contradictoire, sur des bases académiques ; c'est à dire avec une approche scientifique, qui présente tous les points de vue en présence, qui les documente et qui n'entre pas dans une logique militante unilatérale ».

 

Plus loin, bien que n'ayant pas « à se prononcer sur le fond du dossier » (mais que fait-il alors??), il se demande si c'était une bonne idée d'instruire un débat sur l'avortement lors d'un premier cours de philosophie avec des étudiants ingénieurs » (est-ce à dire que les ingénieurs sont moins capables de réflexion que les juristes ou les historiens? par ailleurs, un étudiant à l'université est-il moins apte à réfléchir qu'une jeune fille mineure qui souhaite recourir à l'avortement ?).

 

Il vient alors à reprocher au Pr Mercier d'assumer une position « extrêmement engagée » (être chrétien c'est en effet s'engager!) étant « plutôt dans une logique militante que de débats » (l'université catholique doit promouvoir le laïcisme, mais oui  ! ).

 

Le Pr Mercier a d'ailleurs rappelé que ses propos s'inscrivaient dans un cadre philosophique, que ses élèves étaient libres d'y adhérer, ce qui ressort d'une lecture attentive de ses notes de cours.

Tout le monde aura compris qu'en réalité, ce qui dérange Mr Lits, c'est qu'un professeur ait émis des opinions pro-vie. Le reste de son propos n'est que de l'enfumage et une tentative de justifier a posteriori des actes et prises de position de l'UCL injustes, non-fondés et qui résonnent comme des ukases staliniens.

 

Le summum de la mauvaise foi est atteinte lorsque Mr Lits indique qu'être une université catholique « ne doit pas nous empêcher d'avoir des débats contradictoires ». Au regard des déclarations de la porte-parole de l'UCL, suivant laquelle les propos pro-vie de Mr Mercier sont inacceptables car ils ne correspondent pas aux valeurs de l'UCL, la réalité est exactement l'inverse : il est interdit à l'UCL de tenir des propos pro-vie ! Le cas échéant, vous serez suspendus de votre charge !

 

La fin de l'interview le confirme car Mr Lits de poursuivre en affirmant : « de plus, nous savons bien qu'au sein de l’Église, il n'y a pas d'unanimité sur la question de l'avortement ». En disant cela, Mr Lits se rassure peut-être d'être « dans » l’Église plutôt qu'au dehors ?

 

Bas les masques, c'est bien un délit d'opinion dont le Pr Mercier s'est rendu coupable ! Errare humanum est, perseverare diabolicum. L'UCL aurait pu sortir grandie de l'épisode en adoptant une position plus conforme à ses exigences éthiques et catholiques. Il était cependant plus aisé de désigner une victime-émissaire, pour paraphraser René Girard, en la personne du Pr Mercier. A présent, l'ordre règne à l'UCL !

Les évêques francophones ont fait une déclaration suite à la suspension des cours de M. Stéphane Mercier. « Les évêques font confiance à la procédure interne menée à l'UCL ». Rien vu, rien entendu ! Au vu de ce qui s'est passé, nous ne pouvons qu'être inquiets  pour ce professeur qui mérite tout notre soutien.

 

L'avortement est un délit puni par la loi – sauf dans certains cas - et relève toujours du droit pénal. C'est exact, au sens de la loi belge, le délit étant une infraction dont le maximum de la peine n'est pas supérieur à cinq ans d'emprisonnement. Il eut été utile et non équivoque d'ajouter qu'au regard de la loi morale, l'avortement reste un crime.

 

Enfin, nos prélats terminent en insistant « à ce que l'on parle toujours avec nuance et tact des personnes et des couples qui font le choix de l'avortement ». Derrière cette phrase que tout le monde partage évidemment, il est difficile, vu le contexte, de ne pas y voir un désaveu implicite des propos du Pr Mercier.

 

Le Pr Mercier n'a pourtant pas manqué de nuance ni de tact à propos des femmes ayant avorté. Ses notes de cours démontrent qu'il n'y a pas eu d'amalgame entre l'acte et la personne. Il a simplement développé un raisonnement philosophique basé sur la morale fondamentale. Il y a des vérités difficiles à entendre, certes. Il n'appartient qu'à Dieu - le Miséricordieux - de juger, et bon nombre circonstances peuvent atténuer ou diminuer la responsabilité. Mais peut-on taire la vérité sous prétexte qu'elle puisse choquer ? Nombres de nos clercs ont déserté le soutien aux actions pro-vie (le père T. Scholtès, porte-parole des évêques, ayant bien précisé que la marche pour la vie était une initiative privée et non officielle), et ont renoncé à aborder ces sujets lors de leur sermons.

 

Pour combien de temps encore ?

 

C. Viller

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Commentaires : 9
  • #1

    le vie (jeudi, 30 mars 2017 09:14)

    Ga voor het Leven.... Iedere actie die de dood omhelst zet ons op een verkeerde weg . Oordeel niet voor een ander maar probeer toch het leven te omhelzen en dat in naam van Christus

  • #2

    Cabrita (jeudi, 30 mars 2017 10:00)

    En tant que thérapeute je vois régulièrement les conséquences de l'avortement sur certaines mères. En refusant le débat et la parole vraie sur ce thème on aggrave ces conséquences. En effet les personnes qui souffrent d'avoir vécu cet acte se retrouvent dans l'impossibilité de l'exprimer car cette souffrance est pointée comme anormale par la "bienpensance".
    Ouvrir le débat sur ce thème c'est aussi permettre à ces personnes de savoir qu'elles ont le droit de vivre autre chose que ce que la pensée unique affirme. Qu'elles ont le droit de souffrir même si certaines personnes affirment le vivre autrement. C'est la plus élémentaire des charités.
    Qu'une université qui se prétend catholique se positionne du coté des sectaires et des persécuteurs et que les évêques se montrent aussi lâches dans la défense de la vérité me révolte profondément.

  • #3

    Cécile B. (jeudi, 30 mars 2017 10:10)

    Voici un bel article paru dans le journal Le Soir, une 'carte blanche' écrite par les professeurs émérites de l’UCL Jean Bricmont et Michel Ghins :
    http://plus.lesoir.be/node/87950

  • #4

    Viller (vendredi, 31 mars 2017 21:26)

    Le Pr aurait été licencié cet après-midi.
    L'UCL et ses petits dirigeants ...

  • #5

    JC (samedi, 01 avril 2017 09:40)

    Satan est le prince de ce monde jusqu'au retour du Christ.
    Il controle donc les gouvernements, banques, medias, universites, ...
    La persecution des vrais chretiens va s'intensifier.

  • #6

    Louis (samedi, 01 avril 2017 12:34)

    Il y a bien longtemps que cette Université de Louvain n'est plus catholique.
    Avec des évêques incompétents et d'une doctrine hétérodoxe depuis des années, on ne doit pas être surpris de cette décision.

  • #7

    martin (samedi, 01 avril 2017 18:53)

    Bientôt chacun aura a rendre des comptes au véritable Juge Suprême et malheur, trois fois malheur à ceux qui, portant le nom de prêtres et évêques du Christ, deviennent une cause de chute pour beaucoup, préférant s aligner au monde

  • #8

    FX (mardi, 04 avril 2017 07:19)

    Où va l'Eglise tiède et reculant même sur son terrain? Mgr Léonard lui manquera...

  • #9

    Marquette (dimanche, 09 avril 2017 10:29)

    ceux que je plains le plus ce sont les étudiants qui auraient portés plainte. Triste, aucun 'avenir dans leur position. S'ils sont des sousmarins pour saper cette université il faut les renvoyer.
    J' espère que leurs camarades leur mèneront la vie dure!