« Ils n’ont pas voulu écouter ma demande. Comme le roi de France, ils s’en repentiront, et ils le feront, mais ce sera tard. »

Messe pour Louis XVI Bruxelles, 21 janvier 2017

Sermon de Mgr Gilles Wach ICRSP

 

Avec quelle émotion et quelle ferveur ne devons-nous pas célébrer le martyre du roi Louis XVI en cette année centenaire des apparitions de Notre-Dame à Fatima! La divine Providence ponctue de ses signes le cours mouvementé de l’histoire. Tantôt elle s’illustre par des miracles et, aux moments les plus désespérés de notre épopée, suscite un renouveau inattendu; tantôt, à court de faveurs, elle fait pleuvoir ses châtiments et sévit pour obtenir la conversion. Dieu agit envers sa création à la manière d’un père très aimant; de ses mains puissantes, les épreuves et les consolations abondent comme un flot ininterrompu de grâces et de bénédictions.

 

 

Nous célébrons aujourd’hui l’assassinat du roi très chrétien Louis XVI. Plus que l’effondrement d’un régime politique, la suppression des derniers capétiens mettait un terme à treize siècles d’histoire chrétienne. Bientôt, l’Empire diffuserait de par l’Europe entière les erreurs de la Révolution, son idéal sans Dieu teinté de violence, de haine et de mépris.

 

Au lieu du règne de paix, de justice et d’amour promis par le Christ Roi, le démon étendrait la confusion à un monde en proie à la folie du désespoir.

 

Nous pourrons trouver certes mille et une explications à ce soudain revirement de l’histoire humaine, arguant de l’instabilité économique, de la dissolution progressive des structures d’Ancien Régime, de l’évolution franche et consciente des idées et des mœurs, de la transformation des élites, de l’entrée de la nation dans l’âge adulte, que sais-je! Tous ces principes résolutifs sont au plan de l’histoire fort séduisants.

 

Mais consent-on à s’élever plus haut et à justifier l’histoire elle-même? Ils ne peuvent alors qu’asseoir la déception et creuser l’absurdité de cette suite informe d’événements qui s’enchaînent, se font, se défont, imputant au sentiment chrétien les brulures du temps et l’ingratitude des hommes.

 

Non, je crois, bien chers amis, que la mort de Louis XVI sur l’échafaud n’était précisément pas le couronnement d’un concours de circonstances purement politiques, ou bien le chaînon manquant d’une imbrication de jeux sociaux-économiques, mais plutôt une punition infligée à la France, au terme d’un siècle de refroidissement généralisé.

 

Aux trois pastoureaux de Fatima notre Reine a demandé la consécration de la Russie à son Cœur immaculé; cet acte concret de dévotion et d’abandon devait apaiser le courroux de son Fils et enrayer la diffusion du matérialisme athée.

 

En 1929, alors que sœur Lucie veillait Jésus-Hostie, une lumière intense irradia la chapelle et, au-dessus de l’autel se dessina une Croix incandescente à laquelle était suspendu Notre-Seigneur. Cette Croix s’élevait très haut et Dieu le Père dominait l’autel, ainsi que l’Esprit-Saint, représenté sous la forme d’une colombe.

 

Sœur Lucie contempla le côté ouvert du Christ et, devant lui, suspendues dans les airs, une hostie et une coupe qui recueillait le sang jailli de son divin Cœur. À droite de la Croix, debout, se tenait Notre-Dame; elle portait en ses mains un cœur couronné d’épines et tout embrasé.

 

La sainte Vierge indiqua à la voyante que l’heure avait sonné d’accomplir le vœu formulé douze ans plus tôt. Sœur Lucie transmit sans plus attendre la demande des cieux à l’autorité diocésaine, qui lui opposa une fin de non-recevoir.

 

Dieu eut pitié de notre endurcissement et ne se lassa pas; deux ans plus tard, alors que la carmélite accomplissait un séjour de convalescence à Pontevedra, Notre-Seigneur vint en personne exiger la consécration de la Russie au Cœur de sa sainte Mère.

 

Sondant l’obstination du cœur humain, il donna à sa confidente un nouveau signe de la patience des cieux. «Ils n’ont pas voulu écouter ma demande. Comme le roi de France, ils s’en repentiront, et ils le feront, mais ce sera tard. La Russie aura déjà répandu ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église : le Saint-Père aura beaucoup à souffrir. Faites savoir à mes ministres que, suivant l’exemple du Roi de France en retardant l’exécution de mes ordres, ils le suivront dans sa déchéance».

 

Pour mieux comprendre le lien mystique qui unit le trépas de Louis XVI aux prophéties de la Cova da Iria, revenons quelques siècles auparavant. Le 17 juin 1689, Notre-Seigneur avait demandé à une visitandine de Paray-le-Monial, sainte Marguerite-Marie Alacoque, la consécration de la France à son divin Cœur la priant d’obtenir du monarque régnant que l’on fixât sur les étendards, sur les drapeaux nationaux une représentation du Sacré Cœur, qu’une basilique fut édifiée en son nom et qu’on y célébrât avec pompes la consécration de la Fille aînée de l’Église au Cœur de Jésus.

 

Mais Louis XIV ne s’inquiéta guère des supplications de l’humble moniale, ou peut-être n’en sut rien. Cent ans après, jour pour jour, le 17 juin 1789, le tiers-état insurgé se proclamait assemblée nationale: la Grande Révolution éclatait.

 

Elle aboutirait au renversement de la société d’Ancien Régime et, à terme, à la chute d’un monde fondé et enraciné sur le règne de Notre-Seigneur. Les Jésuites, élus pour diffuser la dévotion au Sacré Cœur, seraient successivement expulsés du Portugal, d’Espagne et de France, avant que la Compagnie de Jésus ne fût simplement dissoute par Clément XIV, en 1773. Quant aux Bourbons, ils connaitraient une série de deuils et de désillusions jusqu’à la mort de Louis XVI sur l’échafaud, le 21 janvier 1793.

 

Hélas, bien chers amis, nous devons aujourd’hui constater avec crainte et consternation que les demandes de Notre-Dame à Fatima n’ont été exaucées en aucune manière. Bien au contraire, depuis, le mal a singulièrement progressé dans notre société; nous avons assisté souvent silencieux à la mise en place des «structures de péché» dénoncées par le saint pape Jean-Paul II.

 

Cet arsenal idéologique ne doit pas être confondu avec le péché personnel; les «structures de péché» constituent comme un nouveau cadre moral au sein duquel les actes les plus vicieux et les situations les plus irrégulières perdent leur mesure de malice, au nom d’une conscience gauchie par l’habitude du mal.

 

Dans un tel contexte, la transgression devient une plate normalité, l’interdit une faute. Par malheur, le relativisme stigmatisé dans Veritatis Splendor gagne chaque jour en force et en intensité. Il a conquis le monde et, ces derniers mois, nous l’avons vu heurter bien violemment aux portes de notre Mère l’Église.

 

Mais n’allons point si loin et regardons autour de nous. De combien d’offenses la Belgique ne s’est-elle pas rendue coupable envers Dieu ces dernières décennies?

 

Ce furent d’abord la commercialisation de la contraception, puis la législation de l’avortement, crime abominable qui détruit une vie innocente et contrarie l’acte créateur en ce qu’il a de plus foncier et de plus inaliénable: la communication de l’être.

 

Pour mettre un terme à leur sinistre programme, les auteurs de la culture de mort devaient encore parvenir à abréger le cours de l’existence humaine en institutionnalisant l’euthanasie à partir de 2002.

 

Et nous savons qu’en 2014, la Belgique a étendu ce droit légal aux mineurs: on assassine les enfants sans scrupule et sans bruit…Quel scandale!

 

Il me semble parfois être revenu en ces temps barbares où l’on immolait à la fureur des dieux de petits innocents. À la différence cependant que c’est volontairement et par caprice qu’aujourd’hui la mère détruit le fruit de son amour, la chair de sa chair!

 

1689-1789: la France refuse de se consacrer au divin Cœur de Jésus; 1917-2017: la consécration de la Russie au Cœur immaculée de Marie n’a pas été accomplie et le monde poursuit avec insouciance son carnaval de crimes et de blasphèmes. Triste spectacle! Tristes horizons hélas pour notre terre qui, faisant fi des insistances du ciel, choisit sa propre déchéance!

 

Gardons-nous bien de tenir pour anodin ce recoupement admirable de prophéties et de faits: nous ne devons jamais oublier que les destinées de la Mère et celles de son divin Fils sont intimement liées. Dieu le Père a disposé au firmament de la foi deux grands luminaires.

 

Notre-Seigneur est le Soleil de Justice; dans la nuit de Noël, il fait renaître l’univers au jour nouveau de la grâce. Au soir de sa Passion, ayant consommé son mystère sur l’arbre de la Croix, il nous donne, dans la nuit du doute et de l’épreuve, un second luminaire, pur reflet de sa splendeur.

 

Cet astre nocturne est Notre-Dame. La dévotion mariale vise principalement à intensifier notre amour et notre foi en la sainte humanité de Jésus-Christ. Et l’honneur du Fils rejaillit si vivement sur la sainteté de Marie que notre Créateur voulut en elle associer le plus parfaitement possible la créature à l’œuvre de son salut; aussi, par un privilège insigne, la Mère du Vivant fut-elle préservée de toute souillure.

 

Et c’est à ce titre qu’elle fut jugée digne de participer à la gloire de son Fils: au nom très saint de Jésus répond le nom béni de Marie; et à l’amour du Sacré Cœur, la tendresse du Cœur immaculé de Notre-Dame.

 

Le sang de Louis XVI implore pour nous la faveur des Cieux; chrétiens, nous ne devons en rien renoncer à l’espérance qui nous anime. C’est elle qui nous permettra de combattre vaillamment sous les enseignes du petit Roi de gloire; c’est elle également qui nous aidera à garder les yeux rivés sur l’essentiel. Puisse le Cœur immaculé de Marie, lassé par l’indolence effrontée des hommes, obtenir du Cœur de Jésus la conversion du monde! «À la fin, mon Cœur immaculé triomphera».

 

Ô Notre-Dame, apaisez, nous vous en supplions, le courroux de Dieu!

 

Donnez-nous aujourd’hui de correspondre à la divine grâce: que notre propre conversion hâte le règne de votre Cœur si doux! Prenez en pitié la misère du monde qui ne cesse de s’enliser dans le miasme du péché et de la mort; purifier nos cœurs, sanctifiez nos familles et daignez agréer l’holocauste de nos vies. Afin qu’unis en ce jour au sacrifice du roi très chrétien Louis XVI, nous présentions à votre charitable intercession, l’offrande de nos joies, de nos peines, de nos efforts, de ces petits riens qui forment la trame de notre existence et la matière de notre sanctification.

 

Cœur Sacré de Jésus, j’ai confiance en vous!

Cœur immaculé de Marie, priez pour nous!

 

Ainsi soit-il.

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Commentaires : 4
  • #1

    Alexandra Riesle (dimanche, 22 janvier 2017 07:34)

    Bonne homilie

  • #2

    Goyard (lundi, 23 janvier 2017 20:16)

    Le parallèle est en effet impressionnant : un siècle chaque fois... Que nous attend-il cette année ? A la grâce de Dieu !

  • #3

    george (mardi, 24 janvier 2017 11:27)

    Cette trés belle homélie, merci Monseigneur ,est trés précisément ce que je porte dans mon coeur aprés avoir étudié , lu et relu ces événements depuis plus d'une année, j'essaye de les diffuser autour de moi, mais j'ai l'impression de parler dans le vide.le lien a été cassé dans tant d'âmes. Puisse la sainte famille de Nazareth détruire le puissant virus qui neutralise toutes ces âmes hypnotisées.Prions , prions , prions et peu entendu même dans nos églises !!
    Faites diffuser ce message partout mon Père !

  • #4

    Claude (samedi, 01 avril 2017 07:38)

    Il faudrait que les évêques catholiques ou orthodoxes imposent à leurs curés et fidèle de demander à Dieu des dirigeants très chrétiens, mais ils sont sourds à cet appel! Certains sont même de gauche!!!