Pokemon : « go » vers le chaos !

Des jeunes gens mettant soudainement leur emploi et parfois même leur vie en danger, des individus errant comme des zombies dans les églises à Londres ou à Montréal, des noctambules s’affairant par dizaines dans le cimetière du Père Lachaise à Paris…

Quel est le virus à l’origine de cette épidémie de comportements étranges qui contamine la planète depuis quelques semaines ? Le coupable tient en deux mots : Pokemon Go ! Un jeu disponible depuis juillet 2016 sur les plateformes iOS et Android et dont le but consiste à « capturer » via son téléphone portable des Pokemon virtuellement dispersés partout, sans égard pour la frontière fondamentale séparant l’espace privé de l’espace public.

 

Avant d’êtres dispersés dans la nature, les Pokemon sont nés sous la forme d’un jeu vidéo « classique » en 1995, imaginés par Satoshi Tajiri, un producteur de jeu vidéo japonais. Le nom Pokémon est issu de la contraction de la romanisation du japonais Pocket Monsters.

 

Le Pokemon est donc un monstre ou plus exactement une créature possédant des aptitudes impossibles pour des animaux du monde réel, telles que cracher du feu, projeter de l’électricité et même voler l’âme de son adversaire... Si certains ont une apparence inoffensive d’autres évoquent des êtres maléfiques, démons ou dragons. Mais aucun de par son aspect ne peut être spontanément identifié au camp du bien. Le jeu, à l’instar du film Shrek, est donc en rupture avec les contes traditionnels où la présence d’êtres monstrueux est justifiée par le combat que leur opposent les héros.

 

Avec « Pokemon » seul compte l’anéantissement – y compris par l’usage de moyens barbares tels que l’électrocution – de celui qui se trouve en travers du chemin. S’ils sont doués de pouvoirs surnaturels, les Pokemon ont cependant un usage très limité de la parole : créatures narcissiques ils se contentent de répéter leur nom. Confusion entre le bien et le mal, recours aveugle à la force et négation de la raison : quelle vertu le jeu vidéo Pokemon permet-il de faire croître ?

 

L’application PokemonGo est toutefois sans doute encore plus nocive que le jeu initial dans la mesure où elle efface totalement la distinction entre monde réel et monde virtuel. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les « dresseurs» de Pokémon qui envahissent les rues à la poursuite de leurs proies imaginaires. Présents au milieu de la foule ils n’en sont pas moins coupés de leurs semblables, hypnotisés par leurs téléphones portables, parfois jusqu’à la tragédie… Après quelques semaines d’existence Pokemon Go ! compte en effet déjà ses premières victimes.

 

Aux États-Unis, un « dresseur» agressé et poignardé au coin d'une rue a refusé des soins médicaux pour pouvoir continuer à jouer. En Australie une jeune femme de 22 ans, a été renversée par un chauffard alors qu’elle chassait les Pokémon. La « dresseuse » est morte sur le coup.

 

Au Luxembourg, un autre « dresseur » qui jouait en conduisant a percuté plusieurs voitures et a fini en tonneau.

 

Moins dramatique mais tout aussi pathétique, en Nouvelle-Zélande un jeune homme a démissionné de son travail pour se consacrer à 100% à la chasse aux Pokémon.

 

Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, Pokemon GO n’est donc pas utilisé exclusivement par des enfants. Bien au contraire, d’après une étude de Forbes réalisée aux États-Unis, 71% des joueurs de Pokemon Go ont entre 18 et 50 ans. La tranche d’âge la plus jeune entre 13 et 17 ans (22%) est en dessous de la tranche des 30 – 50 ans (25%). Le phénomène est à première vue identique sur les autres continents et notamment en Europe où la menace islamique et le risque d’attentats ne semblent pas en mesure de faire éclater la bulle Pokemon…

 

Les Romains qui s’adonnaient aux fêtes et aux plaisirs alors que les barbares menaçaient l’Empire ont incarné durant près de deux millénaires la décadence. Ils se pourraient bien qu’un jour les « dresseurs » de Pokemon les remplacent dans l’imaginaire collectif, tout affairé qu’ils sont à « chasser »dans leur univers virtuel alors que le monde réel, lui, est envahi par des hordes de « réfugiés » et mis à feu et à sang par les barbares - mille fois plus sanguinaires- de « Daesh ».  

 

Antony Burckhardt

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