Mexique : une « cristiada » contre le « mariage égalitaire »

« Oui, à la famille instituée par Dieu », « La loi de l’Homme ne peut aller contre celle de Dieu », « Ma famille comme celle de Nazareth ». Ce samedi 24 septembre plus de 400 000 personnes ont envahi l’artère principale de Mexico afin d’exiger du Président Enrique Peña Nieto l’abandon de son projet de mariage « égalitaire »entre couples du même sexe et son paquet de réformes visant à légaliser l’adoption par des couples homosexuels, à offrir la possibilité pour les enfants de changer de sexe sans l’accord de leurs parents et à diffuser l’enseignement de l’homosexualité et du transsexualisme dès l’école primaire.

 

Depuis cette annonce survenue le 17 mai 2016, le Mexique renoue avec l’esprit de résistance qui fut celui des Cristeros, à la stupeur de la gauche libertaire qui s’imaginait que le « mariage égalitaire » passerait comme une lettre à la poste.

 

Dès le 18 mai, une pétition, diffusée via la plateforme en ligne Citizen Go, a été lancée contre le projet présidentiel. Rapidement elle a réuni plus de 115 000 signatures. Le 1er juin, 34 manifestations se sont déroulées simultanément dans tout le pays. Le 6 juin, le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) de M. Peña Nieto a subi une déroute sans précédant aux élections locales. Le «PRI » – le même parti qui a initié la persécution contre l’Église dans les années 1920 et provoqué pour cette raison le soulèvement des Cristeros - a été balayé dans la plupart des États et des villes où il régnait en maître, parfois depuis des décennies.

 

Le 10 septembre, 134 manifestations ont eu lieu dans l’ensemble des États du Mexique, réunissant plus d’un million deux cent mille personnes. Le 11 septembre, une nouvelle pétition signée par 170 000 personnes a été adressée au Président afin qu’il écoute la colère de son peuple.

 

Enfin, ce 24 septembre, c’est une marée humaine, vêtue de blanc, qui a défilé à l’occasion de la grande marche nationale convoquée par le « Frente por la Familia » dans la capitale, avançant pacifiquement depuis l’avenue Reforma jusqu’à l’Ange de l’Indépendance.

 

Si les organisateurs avaient adopté une posture « laïque », les motivations religieuses des manifestants, dans leur immense majorité catholiques, ne faisaient guère de doute. L’étendard de la Vierge de Guadalupe, patronne du Mexique, flottait sur le rassemblement. Certains priaient le chapelet, d’autres entonnaient des cantiques. « Dites non à la réforme de Peña Nieto pour que Dieu bénisse le Mexique » était-il écrit sur un calicot.

 

L’ampleur du mouvement a surpris jusqu’à la presse favorable au projet présidentiel qui, comme « El Pais », a reconnu un « succès de participation » dans une ville qui est pourtant « le phare de la gauche en Amérique latine » et où le mariage homosexuel et l’avortement sont autorisés au niveau local depuis déjà plusieurs années.

 

Sur le parcours de la manifestation du 24 septembre, seuls quelques activistes homosexuels ont, sans succès, tenté de perturber le cortège. La municipalité socialiste avait pourtant elle aussi mis son grain de sel en parsemant le parcours de calicots arc-en-ciel estampillés « LGBTI – mouvement pour l’égalité ».

 

Mais ces tentatives d’intimidation n’ont pas démobilisé les défenseurs de la famille traditionnelle, pas davantage que les menaces contre l’Église, accusée d’ingérence par ceux-là mêmes qui prétendent se substituer aux parents dans l’éducation de leurs enfants.

 

Le PRI, affaibli par sa déroute de juin et effrayé par cette nouvelle « cristiada », a prudemment congelé au niveau parlementaire l’initiative présidentielle . En s’obstinant malgré tout dans son projet, le Président Peña Nieto – déjà très impopulaire - prend donc le risque de s’aliéner son propre parti.

 

Mais, pour les héritiers de Plutarco Elias Calles, le bourreaux des Cristeros, il y a plus grave : après des années de catacombes, les catholiques réinvestissent l’espace public. « Ceci est le commencement d’un mouvement civique et permanent qui cherche à peser dans la sphère publique afin de placer la famille au centre de l’agenda national », a averti Rodrigo Ivan Cortés, porte-parole du « Frente por la Familia », ajoutant que dans les prochaines semaines il y aura de nouvelles initiatives afin de maintenir la pression sur les différentes branches du pouvoir. 

Antony Burckhardt

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