Analyse géopolitique de 1947

Une analyse qui éclaire la situation du monde actuel

Il y a plus de 60 ans, un article du fondateur de la TFP, le professeur Plinio Corrêa de Oliveira, publié dans l’hebdomadaire Legionario, organe officieux de l’archidiocèse de São Paulo, pointait du doigt, alors que le monde sortait de la IIe guerre mondiale, l’incroyable dynamisme d’un Orient païen qui commençait à renaître, fier de sa culture et de ses racines, face à un Occident qui tournait le dos à l’héritage de la Chrétienté.

  Cette analyse géopolitique faite en 1947 montre une acuité de vision telle qu’aujourd’hui encore elle fournit une clé pour comprendre la situation du monde actuel.

par Plinio Corrêa de Oliveira

Legionario, 15 juin 1947

 

     Lorsque l’on étudie la triste histoire de la chute de l’Empire d’Occident, on a du mal à comprendre l’étroitesse de vue, l’indolence et la tranquillité des Romains devant le danger qui croissait. Rome souffrait, en plus de ses autres maux, de l’habitude invétérée de vaincre. À ses pieds se trouvaient les plus glorieuses nations de l’antiquité, l’Égypte, la Grèce, toute l’Asie.

—-La férocité des Celtes était définitivement domptée. Le Rhin et le Danube fournissaient à l’Empire une splendide défense naturelle. Comment craindre que les barbares, qui vaguaient dans les forêts vierges de l’Europe centrale, puissent exposer à un risque sérieux cet immense édifice politique ? 

LES ROMAINS CONTINUÈRENT D’IGNORER LE DANGER

   Habitués à cette position, les Romains n’ont pas eu la souplesse d’esprit nécessaire pour comprendre la situation nouvelle qui se dessinait peu à peu. Les barbares traversèrent le Rhin, les invasions commencèrent, la résistance des légions était faible, indécise, insuffisante.

—-Mais les Romains continuèrent d’ignorer le danger, obsédés d’un côté par la soif dévorante des plaisirs et de l’autre illusionnés par ce que l’on pourrait appeler, selon la détestable terminologie freudienne, un « complexe » de supériorité. C’est ce qui explique la tranquillité mortelle dans laquelle ils restèrent jusqu’à la fin.

LA GRANDE INERTIE DE L’OCCIDENT CHRÉTIEN

    Si l’on considère le mystère de l’inertie romaine, même dans la description ci-dessus, le tableau semble toujours insolite, voire un peu forcé. On le comprendra de façon plus vive si l’on considère l’autre grand mystère qui se passe sous nos yeux, auquel nous participons d’une certaine manière : la grande inertie de l’Occident chrétien face à la résurrection de la gentilité afro-asiatique.

—-Le thème est trop vaste pour être traité d’une seule fois. Il suffit pour bien le comprendre que l’on considère un aspect de ce phénomène : la rénovation du monde musulman.

    C’est un thème que le « Legionario », habitué à ne pas être compris, aborde avec une insistance qui semble parfois inopportune. Mais la question mérite d’être examinée une fois de plus, avec un développement plus ample que celui des petites notes de « Sept jours en revue » où nous l’avons traitée précédemment.

 

LA ZONE D’INFLUENCE DE L’ISLAM EST IMMENSE

    Rappelons rapidement quelques données générales du problème. Comme l’on sait, le monde mahométan inclut un territoire qui commence en Inde, passe par l’Arabie et l’Asie mineure, atteint l’Égypte et se termine à l’océan Atlantique. La zone d’influence de l’Islam est donc immense, à tout point de vue : territoire, population, richesses naturelles.

—-Mais il y a encore peu de temps, certains facteurs immobilisaient presque complètement cette puissance. Le lien qui peut unir les musulmans du monde entier est, évidemment, la religion du Prophète. Mais jusqu’alors elle se présentait divisée, faible, et dépourvue d’hommes notables dans le domaine de la pensée, du commandement ou de l’action. Elle végétait et cela semblait convenir parfaitement au zèle des hauts dignitaires de l’Islam.

—-Ce même goût pour la stagnation et pour la vie simplement végétative était un mal qui atteignait aussi la vie économique et politique des peuples musulmans de l’Asie et de l’Afrique. Aucun homme de valeur, aucune idée neuve, aucun projet véritablement important ne pouvaient s’affirmer dans une telle ambiance. Les nations musulmanes se refermaient sur elles-mêmes, indifférentes à tout ce qui n’était pas le petit délice tranquille de la vie quotidienne. Ainsi, chacune vivait dans son monde personnel, différente des autres par ses traditions historiques profondément diverses, toutes séparées par leur indifférence réciproque, incapables de comprendre, désirer et réaliser une oeuvre commune.

—-Dans ce cadre religieux et politique si déprimé, l’utilisation avec profit des richesses naturelles qui constituent, dans leur ensemble, un des plus grands potentiels de la planète, était manifestement impossible.

 

TOUT N’ÉTAIT QUE RUINE, DÉSAGRÉGATION ET TORPEUR.

     L’Orient traînait ainsi ses jours, pendant que l’Occident arrivait au zénith de sa prospérité. Depuis l’ère victorienne, une atmosphère de jeunesse, d’enthousiasme et d’espoir soufflait sur l’Europe et l’Amérique. Les progrès de la science avaient renouvelé les aspects matériels de la vie occidentale.

 

 

—-Les promesses de la Révolution trouvaient crédit et, dans les dernières années du XIXe siècle, on attendait le XXe siècle comme l’âge d’or de l’humanité.

Écrire commentaire

Commentaires : 0